La vente d’un bien démembré se réalise seulement si l’usufruitier et le nu‑propriétaire sont d’accord et le prix se répartit entre eux en fonction de la valeur de l’usufruit et de la nue‑propriété, déterminée généralement par le barème fiscal de l’article 669 du CGI, sauf convention différente comme le quasi‑usufruit.
Sommaire
Que signifie concrètement vendre un bien démembré ?
Vendre un bien démembré, c’est céder une propriété dont les droits sont séparés entre deux titulaires : l’usufruitier qui utilise le bien et perçoit d’éventuels revenus, et le nu‑propriétaire qui détient le pouvoir de disposition mais pas la jouissance. La transaction doit prendre en compte cette double réalité juridique : on peut vendre la pleine propriété ensemble, ou l’un des droits séparément.
Qui doit donner son accord pour conclure la vente ?
Pour reconstituer la pleine propriété et livrer le bien à un acquéreur titulaire de tous les droits, il faut l’accord des deux parties. Si seul le nu‑propriétaire vend sans l’accord de l’usufruitier, l’acheteur n’obtient que la nue‑propriété et l’usufruit subsiste. Dans la pratique, une négociation préalable et la rédaction d’un accord écrit chez le notaire évitent des acquisitions peu attractives et des contestations ultérieures.

Comment se partage le produit de la vente entre usufruitier et nu‑propriétaire ?
Le principe retenu en l’absence d’accord particulier est la répartition au prorata de la valeur de chaque droit. Cette valeur est couramment évaluée à l’aide du barème fiscal qui affecte un pourcentage à l’usufruit en fonction de l’âge de son titulaire au jour de la vente, le reste revenant au nu‑propriétaire.

| Tranche d’âge de l’usufruitier | Pourcentage attribué à l’usufruit | Pourcentage attribué à la nue‑propriété |
|---|---|---|
| Jusqu’à 60 ans | variable (généralement élevé) | complémentaire |
| 61–70 ans | environ 40 % | environ 60 % |
| 71 ans et plus | diminue avec l’âge | augmente avec l’âge |
Ces chiffres servent de référence mais peuvent être complétés par une expertise économique si les parties le souhaitent.
Quasi‑usufruit et autres arrangements possibles
Les partenaires peuvent déroger à la répartition standard. Le quasi‑usufruit permet par exemple de verser l’intégralité du prix à l’usufruitier, celui‑ci devenant redevable d’une créance de restitution envers le nu‑propriétaire. Il est prudent de formaliser cet accord par une convention écrite précisant le montant de la dette, ses garanties et les modalités de restitution pour éviter des conflits entre héritiers.
Autre option : réinvestir le produit de la vente dans un nouvel actif démembré, ce qui prolonge la stratégie patrimoniale mais nécessite d’inscrire l’opération dans l’acte pour la rendre opposable aux administrations.
Pièges fréquents et bonnes pratiques
- Ne pas obtenir d’accord écrit : un simple accord verbal laisse la porte ouverte aux contestations et retards chez le notaire.
- Omettre les garanties en cas de quasi‑usufruit : sans caution ou nantissement, la créance de restitution peut être difficile à recouvrer.
- Mauvaise estimation de la valeur économique des droits : une expertise imparfaite conduit souvent à une répartition contestée ou à une perte financière pour l’une des parties.
- Ignorer les conséquences fiscales : déclarations de plus‑value et impacts sur l’IFI doivent être anticipés pour éviter des surprises au moment de la vente.
Fiscalité : déclarer la plus‑value et calculer les acquisitions
Chaque vendeur déclare sa part de la plus‑value au titre de sa quote‑part du prix et selon sa propre durée de détention du droit transmis. Lorsque les droits proviennent d’une succession ou d’une donation, le prix d’acquisition retenu correspond à la valeur déclarée lors de la transmission, généralement déterminée à partir des mêmes pourcentages. À noter que des durées de détention particulières peuvent conduire à des exonérations partielles ou totales pour l’usufruitier selon les règles fiscales applicables.
Cas particuliers à garder en tête
Les parts de SCI peuvent elles aussi être démembrées et obéissent à des règles proches, mais les statuts (clause d’agrément) et la comptabilité de la société influencent fortement la valorisation. Le droit d’usage et d’habitation offre une alternative plus restrictive à l’usufruit et modifie la valeur économique du droit cédé. Enfin, si l’accord entre usufruitier et nu‑propriétaire s’avère impossible, le recours au notaire puis, éventuellement, au juge peut être nécessaire.
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Elisabeth Lemoine est une rédactrice chevronnée en gestion d’entreprise, spécialisée dans les problématiques liées à l’assurance et à la finance pour les professionnels.
